Cours poésie et versification s2- Université Ibn Tofail

Université Ibn Tofail Filière : Etudes françaises
Faculté des lettres et sciences humaines Cours : poésie et versification
Kénitra Professeur : Mme Bouhassoune
 Semestre : II

I- LE DECOMPTE SYLLABIQUE

Un vers comporte un certain nombre de syllabes. Une syllabe est un groupe formé de consonnes et de voyelles qui se prononcent d’une seule émission de voix Exemple : « absolument » a quatre syllabes : ab + so + lu + ment « bateau » a deux syllabes : ba + teau  « pain » a une seule syllabe : pain

→Pour repérer et comptabiliser les syllabes, on les sépare graphiquement par un trait oblique : / (Slash). Cette opération s’appelle « scander un vers » ou « faire le décompte syllabique » ou encore procéder au découpage d’un vers.

Exemple : T.3 « tu peux comme il te plaît… »
 Je/ vis/ ! je/ suis/ lé/ger/, je/ suis/ fier/, je/ suis /grand ;
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→L’unité de mesure du vers français est la syllabe. Il doit son identité ainsi que ses appellation au nombre de syllabes qui le composent. On appelle mètre la mesure donnée par le nombre de syllabes prononcées dans le vers. Ainsi pour ce vers de Victor Hugo, on a 12 syllabes, c’est un alexandrin.

→les liaisons : pour scander un vers il faut tenir compte des liaisons. En poésie, les liaisons sont nécessaires pour faire le compte correct des syllabes comme par exemple dans les terminaisons en « -es », « ait », « -aient ».

Exemple : T.1 « Oceano nox, vers 3

Dans/ ce/ mor/ne ho/ri/zon/ se/ son/t é/va/nou/is !
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Exemple : T.4, L’Albatros, vers 16

Se/s ai/les/ de/ gé/ant/ l’em/pê/chent/ de/ mar/cher
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Exemple : T.6, « Le lac » vers 14 / 15
On / n’en/ten/dai/t au/ loin/ sur/ l’on/de et/ sous/ les/ cieux
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Que/ le/ bruit /des/ ra/meurs/ qui/ fra/ppaien/t en/ ca/dence
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1- Le problème du « e » muet

La première difficulté dans le décompte syllabique réside dans le statut du « e » dit muet qui parfois est prononcé et donc est compté comme une syllabe et parfois ne l’est pas.

→Par contre « é », « ê » ou « è » ne sont pas des e muets. Ils comptent comme syllabes et
ne posent aucun problème pour leur comptage.

→ Le « e » muet ne compte pas (on dit aussi qu’il s’élide), dans les cas suivants :
a – En fin de vers même s’il est d’un «s » ou un « nt » :

Exemple : T.6, « le lac »
Ain/si,/ tou/jours/ pou/ssés/ vers/ de/ nou/veaux/ ri/vag(es),
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Exemple : T. 6, « Le Lac »
A/ssez/ de/ ma/lheu/reu /x i/ci/-bas/ vou/s im/plor(ent),
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→Cas particulier : on ne prononce jamais le « e » muet en fin de vers : il forme alors la rime féminine. Placé en fin de vers le « e » muet suivi ou non des marques de pluriel «s » ou « nt » ne constituent pas une syllabe.

b – à l’intérieur du vers quand il est suivi d’une voyelle :

Exemple : T.1, « Oceano nox »
Pas/ mê/m(e) un/ sau/le/ vert/ qui/ s’e/ffeu/ill(e)à/ l’au/tomne
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Pas/ mê/me/ la/ chan/son/ na/ï/v(e) et/ mo/no/tone !
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Que/chan/t(e) un/ men/di/an/t à/ l’an/gle/ d’un/ vieux /pont !
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c – devant un mot commençant par un « h » muet :

Exemple : T.1, « Oceano nox,
Rien/ ne/ sait/ plus/ vos/ noms,/ pas/ mê/m(e) u/n(e h)um/ble/ pierre
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Exemple : T. 2, « Demain dès l’aube…
De/main/, dès/ l’au/be, à/ l’heu/re où/ blan/chit/ la/ cam/pagne,
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Exemple : T.4, « L’Albatros »
Sou/vent/, pour/ s’a/mu/ser/, le/s ho/mmes/ d’é/qui/page
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→Pour savoir si un « h » en début de mot est muet ou aspiré il faut placer devant ce mot un article défini singulier ou pluriel.

* Dans le cas d’un « h » muet :
– il y a élision de l’article défini au singulier (le – l’) : l’heure ;
– il y a liaison avec l’article défini au pluriel : les hommes – lézom.

* Dans le cas d’un « h » aspiré :
– il n’y a ni élision avec l’article défini au singulier, ni liaison avec l’article défini pluriel :
Exemple : T.7, « Le dormeur du val »
A/ccro/chant/ fo/lle/men/t au/x(h)e/bes/ des/ ha/illons
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Exemple : T.14, « Harmonie du soir »
Un/ cœur/ ten/dre/, qui/ hait/ le/ né/ant/ vas/te et/ noir !
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d- à l’intérieur d’un mot, lorsqu’il est placé :
 entre voyelle et consonne, (V e C) comme dans éternu(e)ment :
Exemple : T. 6, « Le lac » :
Que/ le/ bruit/ des/ ra/meurs/ qui/ fra/ppai( e )n/t en/ ca/dence
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 entre consonne et voyelle, (C e V) comme dans le verbe s’ass(e)oir.
 Exemple : T.6 « Le lac » :
Re/gar/de/ ! je/ viens/ seul/ m’a/ss(e)oir/ sur /ce/tte/ pierre
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Où / tu/ la/ vis/ s’a/sseoir
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Remarque : le « e » muet final d’un mot compte dans un vers quand il est suivi d’une consonne même s’il est suivi par un signe ponctuation, quel qu’il soit.

2- Le décompte des diphtongues.

On appelle diphtongue la succession de deux voyelles qui peuvent être prononcées :
-d’une seul émission de voix et constituer ainsi une seule syllabe. Ex : /pied/ → 1 syllabe
– d’une double émission de voix et constituer ainsi deux syllabes. Ex. li/er/→ 2 syllabes.

a- La diérèse

En poésie, on parle de diérèse lorsqu’on m prononce en deux syllabes deux voyelles voisines (comptant d’ordinaire dans le langage courant pour une seule syllabe).

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