Les Bonnes de Jean Genet: Espace réel et espace imaginaire

Espace réel et espace imaginaire

On peut partager l’espace en deux : L’en deçà (le visible) et L’au delà (l’invisible, le senti)
1- L’en deçà(le visible) : C’est la chambre de Madame, le lieu de  cérémonie et c’est là où les bonnes se donnent au pouvoir de l’imaginaire.
2- L’au delà(l’invisible, le senti) : C’est le domaine des bonnes, c’est la cuisine et la maussade.
            Donc, il existe une structure dichotomique entre les deux lieux qui divisent l’univers de Madame et l’univers des bonnes : La chambre de Madame est le symbole de son univers et la cuisine le symbole de l’univers des bonnes.
            L’univers de Madame est un univers tabou où tout objet présent doit être noble, beau, tandis que les objets de la cuisine sont des objets sales, souillés « ces gants… ».
            L’opposition entre la chambre et la cuisine est symbolique, elle n’opposent pas seulement deux espaces familiers mais elle oppose un haut et un bas, un blanc et un noir, une lumière et les ténèbres, le ciel et l’enfer ; car tout dans ces deux espaces est différent :
          Les gestes : Etriqués des bonnes ; élégants de Madame
          Les odeurs : Fauves de la maussade ; la chambre de Madame sent les fleurs.
          Les fleurs : Réelles dans la chambre de Madame ; en papier dans la maussade.
            Tout concoure dans la beauté physique et morale de Madame et la laideur physique et morale des bonnes. C’est pourquoi tout ce qui fait partie de l’univers de Madame est hostile pour l’univers des bonnes et tous ces éléments sont prêts à dénoncer les bonnes et à les trahir (p. 55).
Par contre, tout tourne à l’avantage de Madame, même dans son malheur elle est belle (page 27).
            Tous ces éléments présents dans la chambre de Madame symbolisent le rapport de domination:
1)   Les robes (page 11) : les robes extravagantes qui peuvent révéler l’idée de fausseté (Madame qui se cache derrière), elles marquent le rapport de domination et elles sont aussi un instrument de jeu.
Quand Claire se déguise en Madame, elle est habillée, possédée par un objet qui lui confère une existence (celle de Madame).
            La dichotomie : robe rouge, robe blanche, est également très symbolique : Laquelle des deux sœurs posséderait  le mieux ? Madame (Solange) choisit la rouge, la toilette des criminels. Elle anticipe son acte, l’acte criminel (page 106).
            Par ce geste de don des robes, Madame permet aux bonnes de revêtir son propre monde ; ce monde dont elles sont le déchet et auquel elles accèdent par l’imaginaire.
2) Le miroir : C’est un thème très présent chez Genet, présent même à travers les deux personnages (l’un est le miroir, le double de l’autre, page 9).
C’est un objet qui est comme un guet (« il nous épie » page 36, page 46, page 58) ; chaque bonne est pour l’autre un miroir où elle se voit et qui la dégoute.
3) Les fleurs : Il y a dans la pièce des fleurs qui symbolisent la vie mondaine et les fleurs qui symbolisent la mort (page 66, 106) ; comme il y a des fleurs en papier qui symbolisent la richesse de madame.
4) La fenêtre : C’est une sorte d’exutoire, une ouverture sur le monde extérieur. Il y a également une fenêtre qui exprime l’échec et la révolte (page 107).
5) La porte : elle permet le passage d’un monde à un autre, elle permet également de briser le jeu des bonnes.

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